|
(Par Jean-Marie Vianney LONGONYA OKUNGU DEMBE D’OTE*)
La course de nos montres vers la date du 28 novembre prochain est inéluctable. Elle a aussi ce don de remuer la rumeur épaisse qu’entretiennent, comme par enchantement, nos radios-trottoirs juste pour dévorer nos espérances.
Celles de pouvoir bénéficier des élections apaisées dont le pays a tant besoin. A peine le press-book que se construit le tout nouveau président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) se remplit-elle d’articles et d’autres rapports de probabilité favorables, que les rabat-joies de notre angélisme électoral tirent-ils déjà sur sa présomption de ponctualité et son respect du timing dans l’exécution du calendrier annoncé.
A moins de six mois des échéances électorales, il est curieux d’observer une infographie déséquilibrée entre les critiques des programmes de partis politiques attendus, qui auraient pu occuper l’essentiel du débat-en attendant le respect du délai constitutionnel ou la prétendue fatale prolongation-pendant cette période préélectorale. Force est de constater, au regard des éléments dont disposent les observateurs avertis, qu’au sujet des retards accumulés depuis la publication de la fameuse loi électorale, en passant par les innombrables amendements et autres toilettages jusqu’à son dépôt tardif à la Chambre haute de notre parlement, qu’une demande de prolongation serait fondamentalement technique et non pas politique.
Question de réalisme, mais nous n’en sommes pas encore là. En ce moment, les critiques constructives devraient être celles qui dénoncent non pas les imperfections de la CENI, mais ses faiblesses corrigibles. Dont, notamment, le paiement décent et en temps réel de ses agents et cadres en vue de les motiver à produire un travail bien fait. Mais aussi, l’augmentation du nombre de bureaux d’enrôlement et de vote, en les rapprochant le plus possible des électeurs. Ce déficit-là est dénoncé, à juste titre, par de nombreux observateurs des grognes inattendues d’agents de la CENI entendues et enregistrées en province Orientale et au Katanga. Cette situation est réelle et le calvaire qui en résulte plus délicat qu’il ne paraît dans notre Congo profond.
Or, là-bas, des paysans et des paysannes ont mieux à faire pour survivre que de marcher-pieds nus- plus de quarante kilomètres à la ronde. Juste pour un renouvellement d’enrôlement ou un geste, quand bien même citoyen fut-il, d’aller glisser un ticket dans une urne. L’insécurité relative dans certaines régions de l’Est n’est pas pour les rassurer. Les autres procès d’intention observés, ça et là, dans les discours de certains « opposants », qui ont la particularité de faire feu de tout bois, relèvent de l’irréalisme et de l’intolérance politique et d’un discours du passif.
Qui n’apporte pas de progrès à notre contexte électoral. Il ne faut pas oublier qu’un vote n’est que l’expression politique d’une opinion transformée en action. Celle-ci est le résultat d’un concours de circonstances dont la motivation et l’organisation sociale. Par conséquent, une société désorganisée n’est pas sensée produire des actions performantes. Nonobstant cette dialectique récurrente de beaucoup de nos acteurs politiques, qui prédisent l’échec à toute activité même collective, les soutiens confirmés et sans conditionnalités de l’Union européenne-UE- (47 millions d’euros) au processus électoral en cours de préparation en RDC doit rassurer plus qu’il ne doit « inquiéter ».
Par ailleurs, au regard du rapport des chiffres des électeurs attendus et enregistrés jusque là (18.838.154 sur 28.754.726) dans neuf provinces sur onze-le Bas-Congo et le Maniema où les opérations ont été clôturées en moins- il y a lieu de craindre, de la part de nos électeurs potentiels, non pas des abstentions mais des absences involontaires pour cause de difficultés plus haut évoquées. Dans l’entretemps, le temps passe et ne revient pas. Les distraits et autres divisés ne s’en prendront qu’à eux-mêmes. Aussi, le paradoxe de l’abeille et de l’architecte qui a inspiré à François Mitterrand un de ses livres à succès s’invite-t-il au spectacle saccadé de notre marche vers les échéances du 28 novembre prochain.
Face au mystère du génie de la création, Mitterrand expliquait que l’abeille comme l’architecte sont habités, chacun en ce qui le concerne, d’un sentiment réciproque d’admiration pour l’autre. La beauté de la création dans le désordre apparent des abeilles pour l’architecte et l’éclat de la création dans l’ordre et la méthode de l’architecte pour l’abeille. Il ne nous semble pas être le cas dans notre situation. Ici, en effet, l’opposition est en désordre de bataille. Jusqu’à présent et face aux échéances à venir qui s’annoncent inéluctables, ce camp ne semble donner du génie que dans la construction marginale d’un discours hargneusement critique, se perdant dans des détails inutiles.
Comme des abeilles rompues à la tâche, ils piquent et essaiment. Ils font dans une psychologie érectile. Pendant ce temps, la majorité au pouvoir semble plus réfléchie et donne des signes d’un groupe d’acteurs répondant aux indications précises d’un architecte. Normal que face à autant de méthodes, des agitateurs politiques qui se comportent en abeilles soient hantés de tomber dans une fosse (l’échec), qu’ils auront-eux-mêmes-creusée.
* Directeur Général a.i. de l’ACP |